Debarquer dans un nouveau pays, c’est un peu comme sauter du haut d’une falaise sans parachute, tout en esperant que la chute ne soit pas trop longue et que l’atterissage se passe en douceur. Nombre sont ceux qui ont fait ce saut de l’ange theorique. Et nombre sont ceux qui savent que meme si l’atterissage se passe plus ou moins en douceur, la chute en elle-meme est parsemee d’ecrasements plus ou moins douleureux contre la dite falaise.
Comme dirait Kassovitz, au final « c’est pas la chute qui compte, c’est l’atterissage. » A l’epoque, ou je me suis lancer vers la Floride, je ne savais juste pas a quel point il etait dans le vrai.
Les annees ont passe. Deja presque 3 ans. Au fil du temps : mon anglais a couper au couteau s’est transforme en reel americain, j’ai reussi a trouver mes marques, a determiner ce que je voulais et ne voulais pas, a prendre soin de moi, de mes sentiments et a me rasserener. Tout ca et bien plus encore.
Et surtout, j’ai fait des rencontres inoubliables. De celles qui si elles ne changent pas une vie, en tout cas changent notre vision de la vie. Des amis tres chers qui ont ete et sont tjrs la « pour le meilleur et pour le pire », mais surtt pour le meilleur. Des centaines de milliers d’heures de sentiment de bien etre total et denuer de jugement. Improbable par ici, et de ce fait tellement ressourcant.
Parmis ces qques personnes de choix vient se glisser le seul et l’unique Robert Michael Wasno dit « Bob Wasno » pour tout le monde, « Waz » pour les amis et « SpongeBob » pr les francais inities. Bob ou l’incarnation humaine de toute la beaute et ambiguite americaine.

Une mere haitienne qui lui a tranmis ses fondamentaux catholiques dont il ne se sert pas. Un pere Irlandais friant de nature, chasse et surtout peche qui lui a transmis ses passions faisant de Bob l’exemple presque parfait du Red Neck lambda. Je dis bien presque car meme si Bob est un republicain convaincu avec l’esprit d’un democrate qui s’ignore, Bob est au Red Neck lambda ce ce que le dauphin est au requin. Pas comparable.
Oui, je sais ! Je manque p-e d’objectivite. Mais apres avoir frequente le personnage pdt qques 4 ans, et l’avoir presenter a une petite quantite d’ami(e)s europeens ou non, il semble que je ne sois pas la seule a eprouver ce sentiment.
Qui est Bob Wasno ? Dans mon esprit, il restera a jamais l’un des premiers vrais americains avec qui j’ai reellement essaye de communiquer. J’ai rencontre Bob il y a environ 4 ans autour de la table de jardin de Philippe (mon directeur de master a l’epoque), il avait accompagne Aswani (mon boss actuel) afin de visiter les labos de l’IUEM, decouvrir la Bretagne, la France, et par la meme occasion effacer a jamais qques enormes prejuges qu’il avait sur nous petits francais.
Le premier souvenir que j’ai de lui ? Mon incapacite quasi-totale a comprendre son accent americain saupoudre d’une grosse cueillere d’argot en provenance direct de Philadelphie. Comme dans un reve : j’ai ecoute, ecarquille les yeux, et secoue la tete tout en souriant et en pensant « Mais a quoi m’ont servit mes 9 ans d’anglais !? », mais surtt « Au puree, je suis pas dans la merde ! ». Chose assez rassurante s’il en est, bien plus tard il m’a avoue que de son cote il ne comprennait rien a notre british a l’accent francais. On ne peut pas trop lui en vouloir.
Au dela de mon experience personnelle et de notre rencontre aux accents comiques, qui est donc Bob Wasno ? Facil et pas facil de repondre. Bob est ne dans les annees 60, et comme il le dit lui meme son enfance, adolescence et sa jeune vie d’adulte se sont passees a « une autre epoque ». Bob a une quarantaine d’annees et des centaines d’histoires de vie en reserve qui au choix vous ferons rires aux eclats, reflechir sur la nature de l’homme mais surtt de la femme, hausser un sourcil interogateur, rougir de pseudo-gene, et surtout vous ferons souhaiter de vivre une vie aussi riche que la sienne. Entre autre, et dans le desordre Bob a ete : joueur de hockey semi-pro, etudiant de master sur le tard, militaire de carriere, plombier, proprietaire de bar, fondateur d’une demi douzaine d’associations et tournois de peches, entraineur/arbitre/juge/commentateur de hockey, capitaine de bateau de croisiere ou non, demineur, plongeur sous-marin professionel … etc., et surtout Biologiste Marin dans tout le Sud Ouest de la Floride pendant presque 20 ans.
C’est lors d’un frais petit matin de spring break que jeune Bob alors age d’une vingtaine d’annees decide de quitter sa Philadelphie natale pour aller passer qques semaines ensoleillees dans le Sud … en Floride. Apres avoir charge son pick-up de toutes ses possessions les plus precieuses (i.e. qques vetements, cannes a peche, et son equipement de hockey … on sait jamais !), et avoir conduit pendant plus d’une 20 aines d’heures, les yeux lui tombant de sommeil, et les lampadaires s’etant fait de plus en plus rare depuis Tampa, Bob s’arrete dans ce qu’il croit etre la derniere ville sur la carte avant l’immense Parc National des Everglades : Fort Myers !
Rate ! A l’epoque, Fort Myers n’est qu’une petite ville perdue sur la carte. Difficil alors de ne pas se croire au bout du monde. Pas d’universite. Pas de terrains de Golf. Pas de communautes. Pas de temple de Hockey. Rien. Rien si ce n’est une nature luxuriante, des milliers de kilometres de canaux marins a nommer, demarquer, signaliser, securiser, des centaines d’especes marines a etudier, comprendre, pecher, chasser, decouvrir, proteger. Rien si ce n’est tt a creer, et si peu de gens sur place pour s’en charger. Nous sommes dans les annees 80, Bob est un jeune diplome specialise en Ichthyolgie sans grande experience, mais il est exubherant, il a le contact ultra facil, et il est descendu en Floride pour faire la fete. C’est donc tout naturellement que son premier entretient d’embauche se deroule par accident et grace a une rencontre fortuite au detour d’un comptoir de bar, sur les coups de 4hrs du mat autour de plusieurs bieres partagees avec, il ne le savait pas encore, son nouveau boss. Et c’est ainsi que le lendemain matin Bob se retrouve a 8h du mat a bosser sur les lamentins en tentant de les denombrer … le rapport avec les poissons ? Aucun. Mais en mm tps, il etait 4 hrs du mat … donc bon !
Le Bob de l’epoque qui devait rester en Floride le temps d’un spring break, y a finalement attache ses ammares pr une bonne 20aine d’annees (enfin presque). C’est donc par accident, a la longue et sans trop sans rendre compte qu’il a adopter cet univers un peu a part. En retour, un tres grand nombre sont ceux qui le temps d’une conversation autour d’une biere ou non ont su adopte Bob.
En 20 ans, et a force de rencontres improvisees, de bonne humeur et de force de caractere, Bob a su se creer un reseau d’amis se conjuguant (ou non) avec un reseau professionnel qui en ferait palir plus d’un. Rares sont les professionels du monde marin officiant sur les cotes de la Floride qui n’ont pas entendu parler ou tout simplement rencontrer Bob. Du simple marins pecheurs professionels ou sportifs en passant par les chercheurs universitaires, jusqu’aux donateurs en faveur de la protection de l’environement marin, il semble que tout le monde connaisse et apprecie Bob Wasno.
C’est ainsi qu’a force de trainer dans ses pattes, et grace a notre amitie, que j’ai eu la chance de rencontrer tout un tas de personnages plus ou moins importants, plus ou moins fortunes, mais tous tres haut en couleurs, et dont je n’aurais pas croiser le chemin autrement … enfin pas dans des circonstances aussi detendues et parfois surprenantes.
Entre autre :
Ray Judah, Commissaire du departement qu’est Lee County;
Bill Atherton, fondateur et president retraite de A&M Food Services qui jusqu’en 1986 possedait la plus large franchise de Pizza Hut des US.
Dirk Atherton, fondateur de Iguanamia
Don Hood, Ancien joueur de baseball pro
Don Awrey, Ancien joueur de hockey pro
Et tellement d’autres. Au dela, des simples noms, ce sont les heures passees a ecouter toutes leurs histoires de vie, qui rendent tout ces personnages si interessant et inoubliables.
Merci, Bob.
Chose promise, chose due